Au sens littéral, le terme « autogestion » signifie « gestion par soi même »[1]. Il est l’exact contraire de ce que Alain Guillerm et Yvon Bourdet nomment l’ « hétérogestion » et qui renvoie à la « gestion par un autre »[2].
Ainsi, une organisation autogérée est une organisation où « toutes les décisions sont prises par la collectivité qui est, chaque fois, concernée par l’objet de ces décisions. C’est-à-dire un système où ceux qui accomplissent une activité décident collectivement ce qu’ils ont à faire et comment le faire »[3]. Dans une perspective purement constructiviste, l’organisation autogérée renvoie donc à une organisation artefactuelle réunissant une collectivité d’individus orientée vers un but et qui décide collectivement de ce but et des modalités à mettre en œuvre pour l’atteindre.
L’autogestion suppose ainsi « la suppression de toute distinction entre dirigeants et dirigés et l’affirmation de l’aptitude des hommes à s’organiser collectivement »[4], à se diriger eux-mêmes sans l’intermédiaire d’une hiérarchie à laquelle ils auraient délégué cette activité décisionnelle et organisationnelle. L’autogestion suppose donc un principe de décentralisation (thème que l’on retrouve dans l’étymologie même du terme « anarchie »[5] qui signifie « sans commandement » ou « sans autorité ») ouvrant « la possibilité pour les individus de s’organiser collectivement tant dans la vie sociale que dans l’appareil productif »[6].
Dans le domaine particulier des entreprises, l’autogestion renvoie à la « gestion d’une unité de production par les travailleurs eux-mêmes »[7]. « Ainsi, les décisions qui concernent les travailleurs d’un atelier doivent être prises par les travailleurs de cet atelier ; celles qui concernent plusieurs ateliers à la fois, par l’ensemble des travailleurs concernés ; celles qui concernent toute l’entreprise, par tout le personnel de l’entreprise »[8].
Ainsi, « une entreprise est [dite] autogérée lorsqu'elle est dirigée par les personnels qui la font fonctionner »[9]. En substance, il s’agit de « reconnaître à chaque entreprise le droit à déterminer ses propres finalités »[10].
[1]Encyclopædia Universalis, 1998
[2] GUILLERM, Alain et BOURDET, Yvon. Clefs pour l’autogestion. Editions Seghers, 1977.
[3] CASTORIADIS, Cornélius. Autogestion et hiérarchie. Editions grain de sable. En ligne sur : http:// infokiosques.net/article.php3?id_article=247
[4]Encyclopædia Universalis, 1998
[5]Cf. annexe 2 : « généalogie de l’idée autogestionnaire » : Le XIXème siècle : L’anarchisme (p 86)
[6]FAY, Victor. L’autogestion, une utopie réaliste. Editions Syllepse, 1986
[7]Dictionnaire encyclopédique Quillet.
[8]CASTORIDIS, Cornélius. Op. Cit.
[9]TIXIER, Jacques. Socialisme, démocratie, autogestion. Revue La pensée n°321, Janvier mars 2000
[10]LE MOIGNE, Jean-Louis et CARRE, Daniel. Auto organisation de l’entreprise, 50 propositions pour l’autogestion. Les Editions d’Organisation, 1977